Révolution douce : l’herboristerie aujourd’hui

Une plante à la fois

Avec les virevoltements sociétales des derniers temps, je trouvais nécessaire d'ancrer un sujet avec vous, l’importance de l’herboristerie dans notre vie quotidienne.

Dans un monde qui tourne vite, qui perd souvent le nord, où l’on est exposé à une abondance d’informations de tout genre, dans laquelle on prône la vitesse, la performance, l’efficacité, la compétition, le toujours plus haut, plus loin et plus fort, je pense que le meilleur acte de résistance demeure notre présence. C’est un des volets de l’herboristerie que je considère essentiel. Mais c’est aussi ce qui fait du sens pour moi, et que je souhaite profondément voir résonner dans le cœur des autres.

Pour continuer d’avancer et garder la tête hors de l’eau, il faut nourrir la compassion, l’humanité, l’indulgence, l’écoute, la considération, la bienveillance, la vulnérabilité et la patience. Et ces qualités du cœur, je suis convaincue que ce sont celles que les plantes peuvent nous enseigner. C’est pour cela que j’ai choisi le métier d’herboriste : une révolution douce, une plantule à la fois, un chemin de (re)connexion, et ma manière de contribuer aux futures générations.

Plus le temps passe, plus je ressens avec conviction que l’herboristerie mérite une place centrale dans nos vies. Être herboriste, c’est apprendre à poser un regard attentif sur le vivant, à naviguer les houlements du quotidien, en prenant le temps de se rencontrer pour mieux se soutenir au fil des cycles.

Concrètement, être herboriste thérapeute comme je le vis aujourd’hui, c’est prendre le temps de m’offrir la même douceur que celle que je propose à mes client·es. C’est ressentir et observer de quelles plantes j’ai besoin, semaine après semaine. C’est accompagner des personnes dans un suivi qui considère le corps, l’âme et l’esprit. C’est formuler, avec intention et justesse, chaque mélange de plantes pour soutenir l’équilibre de celles et ceux qui franchissent la porte de mon bureau.

C’est aussi rester en lien avec la communauté d’herboristes qui m’entoure, encourager celles et ceux qui œuvrent à faire reconnaître la profession. C’est lire des articles scientifiques qui mettent en lumière le savoir-faire millénaire des plantes, le sourire au cœur. C’est se perdre pendant des heures sur un sujet pour mieux comprendre et guider avec plus de justesse. C’est, pendant une tâche quotidienne, sentir une étincelle émerger, une intuition sur la plante adéquate pour une personne.

Mais c’est aussi me donner le droit de ralentir. Fermer mon ordinateur plus tôt pour aller vivre un bain de forêt, reposer mes yeux, recharger mes batteries, et revenir présente et disponible. C’est nourrir mon cœur de joie, de douceur et de légèreté.

Être herboriste, c’est aussi cultiver une forme d’autonomie. Un savoir vivant qui nous permet de prendre soin de nous et de nos proches. C’est se lever un matin et se demander : de quoi avons-nous réellement besoin aujourd’hui ? Se l’offrir par le biais d’une connexion profonde aux plantes, qui passe par le regard distrait posé sur une plante qui a besoin d’être arrosée, une armoire remplie de tisanes, une hésitation sur quelle variété de thym on a envie de voir fleurir dans son jardin cet été, l’attente frénétique des premières floraisons de pommier, ou de se demander si l’on a assez de sirop pour passer le restant de l’hiver.

Être herboriste pour moi, c’est découvrir un peu plus chaque jour son essence en rencontrant l’âme du vivant qui se déploie autour de nous.

Mais c’est aussi voir à quel point l’herboristerie est un allié de choix dans notre vie d’aujourd’hui : face à la vitesse, à la multitude d’informations, aux exigences constantes, elle nous offre un ancrage, un espace de présence et de soin pour nous-mêmes et pour nos proches. Elle nous rappelle que prendre soin de notre corps, de notre esprit et de notre cœur n’est pas un luxe, mais un besoin essentiel.

C’est pour cela que je m’efforce de continuer à faire briller cette belle profession, à travers des mots qui traversent le temps, qui s’ancrent et se déposent. Je me fais un devoir de transmettre à mon tour l’art millénaire des plantes avec celles et ceux qui souhaitent se reconnecter avec le vivant.

Signé Chanel Lapointe

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